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Cette ressource évoque les conséquences des violences subies dans l'enfance, sans les décrire. Si vous préférez y revenir plus tard, prenez le temps dont vous avez besoin.

témoignage

se rétablir après un traumatisme : à quoi ça ressemble vraiment

« On ne guérit jamais de l'inceste » : cette phrase, beaucoup l'ont entendue. Elle ne reflète pas ce qui est possible avec des soins adaptés.

écrit par l'équipe nook · sources en fin d'article · 5 min de lecture

Une femme qui marche seule dans une allée de parc.

Pourquoi tant de personnes pensent encore qu'elles ne peuvent pas aller mieux

Les violences subies dans l'enfance touchent un très grand nombre de personnes. Pourtant, beaucoup restent convaincues que le rétablissement est hors de portée. Pourquoi ?

  • Elles suivent une thérapie depuis dix ans, mais une thérapie inadaptée.
  • Elles peinent à trouver un·e professionnel·le formé·e qui comprenne réellement leurs symptômes.
  • Elles n'ont pas les moyens d'accéder à une prise en charge adaptée.
  • Elles n'ont jamais entendu parler des approches validées par la recherche.
  • Les traumatismes précoces peuvent laisser un sentiment d'impuissance qui rend le rétablissement difficile à envisager.

D'autres ont accès à des soins adaptés. Mais dès qu'un symptôme resurgit (insomnie, crise d'angoisse, trouble alimentaire), elles paniquent : « Je n'y arrive pas. Je ne vais jamais m'en sortir. » C'est une réaction normale, mais elle mérite qu'on en parle.

« On ne guérit jamais de l'inceste » : une affirmation problématique

Certaines phrases, prononcées parfois par des professionnel·les de santé maladroit·es ou non formé·es, sont décourageantes et réductrices :

« On ne guérit jamais de l'inceste. » « On ne se rétablit jamais après un tel traumatisme. »

Ces affirmations simplifient une réalité bien plus nuancée. Elles ne reflètent pas l'évolution possible avec un accompagnement adapté. Elles peuvent nourrir le doute et l'impuissance.

Le rétablissement n'est pas un mythe, c'est un processus. Il existe, mais il est souvent mal compris.

À quoi ressemble réellement le rétablissement après un trauma complexe ?

On imagine souvent que se rétablir signifie ne plus jamais avoir de symptômes : ne plus jamais ressentir d'anxiété, ne plus jamais être déclenché·e, être parfaitement régulé·e en permanence. C'est une vision idéalisée et irréaliste.

En réalité, le rétablissement, c'est :

  • apprendre à réguler ses émotions et à faire face aux symptômes quand ils apparaissent ;
  • ressentir davantage d'émotions positives, plus variées et plus intenses ;
  • voir l'impact des déclencheurs diminuer en intensité et en durée ;
  • développer une relation plus bienveillante avec soi-même et avec les autres ;
  • oser poser des limites et exprimer ses besoins sans culpabilité ;
  • réduire la fréquence et l'intensité des symptômes, jusqu'à ce qu'ils deviennent gérables.

Le rétablissement est un processus, pas un état définitif. Et il est possible.

Guérison ou rétablissement : l'importance des mots

En psychologie, on parle rarement de « guérison » au sens médical. Contrairement à une fracture qui se consolide, un traumatisme ne « s'efface » pas complètement : il laisse des empreintes neurologiques et émotionnelles qui demandent un travail actif pour être régulées. Mais cela ne signifie pas qu'on ne peut pas aller mieux. Le rétablissement permet de retrouver une vie qui n'est plus dominée par le passé.

J'évite le mot « guérison » :

  • parce qu'il peut donner l'idée d'un avant / après tranché, comme si le traumatisme disparaissait du jour au lendemain ;
  • parce qu'il peut être culpabilisant : on peut se sentir « bloqué·e » si on n'atteint pas une guérison totale ;
  • parce que le rétablissement se construit progressivement, en renforçant la capacité à ressentir du bien-être.

Je préfère parler de rétablissement :

  • parce que cela reflète la réalité des parcours : de nombreuses personnes ayant subi des violences dans l'enfance retrouvent une qualité de vie stable et satisfaisante ;
  • parce qu'il ne s'agit pas d'effacer le passé, mais d'en diminuer l'impact émotionnel et corporel ;
  • parce qu'il existe des approches validées qui permettent de réguler les symptômes.

Certaines personnes préfèrent parler de rétablissement, d'autres de reconstruction, d'autres encore de guérison, et c'est très bien. L'essentiel n'est pas le mot qu'on choisit, mais de savoir qu'on peut aller mieux. Votre parcours est unique, et c'est à vous de définir ce que « aller mieux » signifie.

Ce que montre la recherche

Les recherches montrent que des approches comme la TCC centrée sur le trauma et l'EMDR réduisent significativement l'intensité des symptômes du TSPT. L'Organisation mondiale de la santé recommande ces approches validées.

L'EMDR est aujourd'hui l'une des thérapies les plus étudiées pour le TSPT. Elle permet de retraiter les souvenirs traumatiques, et facilite une diminution progressive de l'intensité émotionnelle des souvenirs douloureux.

Après six ans de soins spécialisés, j'ai moi-même constaté ces changements. Certains de mes symptômes ont fortement diminué, d'autres ont disparu. Pas par miracle, pas par hasard, mais grâce à des soins adaptés et un travail progressif : de la psychoéducation, de l'EMDR, un travail corporel, beaucoup de travail de stabilisation, et des liens solides et de confiance.

C'est cette conviction qui est au cœur de nook.

Trois ressources pour aller plus loin

  • Podcast « Dingue » (RTS), épisode « Rétablissement en santé mentale : la force est en vous ». Chaque épisode donne la parole à une personne vivant avec un trouble psychique, avec l'analyse d'un·e expert·e.
  • Podcast Binge Audio, « Et si votre validisme vous empêchait d'être heureux ? », sur la pression sociale à « se remettre » vite pour être productif·ve.
  • Bande dessinée : Lisa Mandel, Se rétablir. Avec humour et justesse, elle montre que se rétablir, c'est (re)connaître son trouble, le comprendre, trouver du soutien et retrouver son pouvoir de décision.

Parce que oui, c'est difficile. Mais vous êtes là. Et ça, c'est déjà une victoire.

sources.

1. Judith Herman, Trauma and Recovery, Basic Books, 1992. · 2. Organisation mondiale de la santé, Guidelines for the management of conditions specifically related to stress, 2013.

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