se soigner
pourquoi on ne commence pas par parler du passé
« Ne serait-il pas plus efficace d'aller directement à ce qui s'est passé ? » La question est légitime. Voici pourquoi le soin commence ailleurs.
écrit par l'équipe nook · sources en fin d'article · 3 min de lecture

Beaucoup de personnes se demandent : si mon problème vient de ce que j'ai vécu, pourquoi ne pas en parler directement ? Pour le traumatisme complexe, la recherche et la pratique clinique convergent : le soin se fait par phases, et la première consiste à se sentir suffisamment en sécurité dans le présent. On l'appelle la phase de stabilisation.
Sans sécurité, le passé reste verrouillé
Revenir sur des souvenirs traumatiques demande de pouvoir supporter les émotions qu'ils réveillent. Si ce n'est pas encore le cas, le psychisme fait ce qu'il a toujours fait : il se protège. Les défenses autour du traumatisme ne laissent pas la place à un retraitement, parce que la peur est trop grande. Pire, en parler trop tôt peut réactiver les symptômes au lieu de les apaiser.
La sécurité dans le présent n'est donc pas un détour. C'est ce qui rend possible, ensuite, un travail en profondeur sur ce qui s'est passé.
Les trois phases du soin
Depuis les travaux de Judith Herman, le soin du traumatisme complexe est décrit en trois temps :
- Sécurité et stabilisation : apprendre à réguler ses émotions et ses réactions corporelles, se réancrer dans le présent, comprendre ce qui se passe.
- Travail sur les souvenirs : revenir sur le vécu traumatique, par exemple avec l'EMDR ou une thérapie centrée sur le trauma, quand on peut le faire sans être submergé·e.
- Reconnexion : retrouver des liens, des projets, une vie qui n'est plus organisée autour de la survie.
Ces phases ne sont pas étanches : on peut revenir à la première dès que c'est nécessaire.
La stabilisation, c'est bien plus que des exercices
On réduit souvent cette première phase à des exercices de respiration. C'est beaucoup plus large.
Reprendre la main sur ses réactions. Réguler ses émotions et ses réactions corporelles permet de ne plus être impuissant·e face aux symptômes. C'est indispensable, mais ce n'est qu'une partie.
Se réancrer dans le présent. Distinguer le passé, où le traumatisme est resté figé, du présent, où l'on peut faire des expériences différentes, des expériences de sécurité.
Comprendre ce qui se passe. Mettre des mots sur ses symptômes permet de ne plus se sentir seul·e ni « fou ou folle », et de se dire que ses réactions ont une logique.
Réparer le lien. La plupart des traumatismes relationnels ont abîmé la confiance dans les autres. Être soutenu·e, s'entraider, se réguler avec d'autres permet de la restaurer peu à peu.
Diminuer la dissociation. Dans les moments d'hyperactivation, où tout s'emballe, comme dans les moments d'hypoactivation, où l'on se sent coupé·e de soi.
Avec cette base, un travail de transformation devient enfin possible.
sources.
1. Judith Herman, Trauma and Recovery, Basic Books, 1992 (modèle en trois phases). · 2. Marylène Cloitre et al., « Treatment of complex PTSD: results of the ISTSS expert clinician survey on best practices », Journal of Traumatic Stress, 2011. · 3. Suzette Boon, Kathy Steele, Onno van der Hart, Gérer la dissociation d'origine traumatique, De Boeck, 2014.