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Cette ressource évoque les conséquences des violences subies dans l'enfance, sans les décrire. Si vous préférez y revenir plus tard, prenez le temps dont vous avez besoin.

comprendre

ce que le traumatisme fait au cerveau et au corps

« Je sais que je suis en sécurité, mais mon corps ne le croit pas. » Voici pourquoi, et pourquoi ce n'est pas de votre faute.

écrit par l'équipe nook · sources en fin d'article · 6 min de lecture

Une femme allongée sur un tapis, une main posée sur le ventre.

Quand des violences se répètent pendant l'enfance, elles laissent des traces dans le cerveau et dans le corps. Hypervigilance, sensation de vide, colère qui monte d'un coup, impossibilité de se détendre : ces réactions ne sont pas des défauts de caractère. Ce sont des réflexes de survie que l'organisme a appris pour faire face à un danger répété, et qui continuent à se déclencher alors que le danger est passé.

Les comprendre ne les fait pas disparaître. Mais cela permet de les regarder autrement : comme des protections, avec plus de compassion pour soi.

Partie 1 · Le cerveau et les réflexes de survie

Un système qui fonctionne sans nous

Le système nerveux autonome règle le cœur, la respiration, la digestion, sans qu'on ait à y penser. C'est aussi lui qui réagit au danger, avant même que l'on ait eu le temps de réfléchir. Ces réactions ne se décident pas : elles s'imposent.

La cascade des défenses

Face à une menace, l'organisme enchaîne des réponses automatiques :

  1. S'orienter : un bref instant, souvent inconscient, où le cerveau évalue la situation.
  2. Se mobiliser : se battre ou fuir. Le cœur accélère, la respiration aussi, la vigilance monte.
  3. S'immobiliser : si se battre ou fuir est impossible, le corps se fige ou « s'éteint », pour réduire la douleur et survivre.

Un enfant ne peut ni se battre contre un adulte, ni fuir sa propre maison. Quand les violences se répètent, l'organisme peut apprendre à passer directement à l'immobilisation. Ce réflexe devient une réponse par défaut, des années plus tard.

Quand le cerveau qui réfléchit est court-circuité

En situation de danger, les zones du cerveau qui gèrent la survie et les émotions (dont l'amygdale, une sorte d'alarme) prennent le dessus sur celles qui réfléchissent et prennent du recul. Après des traumatismes répétés, cette alarme reste très sensible : elle se déclenche face à des signaux qui rappellent le danger, même quand la situation est sûre. Les réactions automatiques passent alors avant les réactions réfléchies.

Le passé reste « coincé » dans le présent

Un événement traumatique peut rester bloqué dans le système nerveux avec tout ce qui l'accompagnait : sons, pensées, émotions, sensations physiques. C'est pour cela qu'un détail peut tout réveiller d'un coup.

Ce que cela donne au quotidien

  • Dissociation, engourdissement : se « déconnecter » pour ne pas sentir la douleur, se sentir flotter ou vide.
  • Hypervigilance : rester en alerte permanente, réagir avec peur même dans des situations sûres.
  • Alternance entre trop et pas assez : passer d'états d'alerte (hyperactivation) à des états où l'on se sent éteint·e (hypoactivation).
  • Le corps : douleurs chroniques, tensions musculaires, troubles digestifs.

Partie 2 · Le système nerveux et les modes bloqués

Trois états du système nerveux

Une façon de décrire le système nerveux, issue de la théorie polyvagale de Stephen Porges, distingue trois états :

  • Sécurité et lien : on se sent en sécurité, ouvert·e aux autres, curieux·se, détendu·e. C'est depuis cet état que l'on se répare et que l'on crée du lien.
  • Action : en sécurité, c'est l'énergie et le mouvement ; en danger, c'est le combat ou la fuite.
  • Immobilisation : en sécurité, c'est le repos profond ; en danger, c'est le figement, la déconnexion, le désespoir.

Pourquoi raisonner ne suffit pas

La plus grande partie des informations circule du corps vers le cerveau, et non l'inverse : environ 80 % des fibres du nerf vague remontent du corps vers le cerveau. Si le corps est en alerte, même quand la tête dit « je suis en sécurité », c'est souvent le corps qui l'emporte. C'est pour cela qu'on ne se rétablit pas d'un traumatisme uniquement par la parole : le soin passe aussi par le corps.

Cinq modes qui restent bloqués

Après un traumatisme non traité, certaines réactions restent bloquées. On peut réagir, des années plus tard, comme si le danger était encore là :

  • Appeler à l'aide : besoin constant d'être rassuré·e, difficulté à supporter la solitude, peur de l'abandon, dépendance affective.
  • Fuir : besoin urgent de s'échapper, éviter les conflits, se distraire sans cesse, addictions.
  • Se battre : colère fréquente pour peu de chose, hypervigilance, réactions excessives, jugement des autres.
  • Se soumettre : du mal à dire non, se mettre de côté, honte, chercher à plaire.
  • Se figer : vide intérieur, être là sans être là, ne plus rien ressentir.

Ces modes peuvent alterner selon les situations : passer de la colère au figement, de la fuite à la soumission. Ce n'est pas de l'incohérence. C'est un système nerveux qui cherche encore à protéger, avec des stratégies qui ne correspondent plus à la vie d'aujourd'hui.

Ce que ça change pour le soin

Si le traumatisme s'est inscrit dans le corps, le soin doit aussi passer par lui. Quelques repères :

  • La respiration est la seule fonction automatique sur laquelle on peut agir consciemment : c'est une porte d'entrée pour apaiser le système nerveux.
  • On se régule mieux avec d'autres. Un système nerveux très déréglé a du mal à se calmer seul : il s'appuie sur la présence d'un autre système nerveux plus calme. C'est ce qu'on appelle la co-régulation, et c'est ce qui rend la relation thérapeutique, et le groupe, si importants.
  • Il y a un ordre. Depuis un état de figement, on ne passe pas directement au calme : il faut d'abord remettre le corps en mouvement. C'est pourquoi certaines techniques de relaxation ne fonctionnent pas quand on est très « éteint·e ».

C'est le sens de la première phase du soin : réapprendre au corps que le danger est passé, avant de revenir sur le passé.

Vos réactions au moment des violences n'étaient pas un choix : c'était votre biologie qui faisait ce qu'elle devait faire pour vous garder en vie. Avec du temps, du soutien et des soins adaptés, le système nerveux peut réapprendre la sécurité.

sources.

1. Bessel van der Kolk, Le Corps n'oublie rien, Albin Michel, 2018. · 2. Stephen Porges, The Polyvagal Theory, W. W. Norton, 2011. · 3. Deb Dana, La Théorie polyvagale en thérapie, Satas. · 4. Muriel Salmona, Le Livre noir des violences sexuelles, Dunod, 2013.

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