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Cette ressource évoque les conséquences des violences subies dans l'enfance, sans les décrire. Si vous préférez y revenir plus tard, prenez le temps dont vous avez besoin.

comprendre

comprendre ses émotions après un traumatisme

Trop d'émotions, pas assez, ou impossible de les nommer : après des violences subies dans l'enfance, c'est fréquent. Ce n'est pas un défaut, c'est une conséquence du traumatisme.

écrit par l'équipe nook · sources en fin d'article · 8 min de lecture

Une personne assise près d'une fenêtre ouverte, les yeux fermés, une main sur la poitrine.

Les émotions, des signaux essentiels

Les émotions jouent un rôle central dans la vie humaine, bien au-delà de simples réactions ponctuelles. Elles agissent comme des signaux qui nous aident à répondre aux défis et aux opportunités de notre environnement. La peur peut nous aider à éviter un danger ; la joie peut renforcer notre envie de revivre une expérience agréable.

Pourtant, il est possible que votre relation à vos émotions soit source de confusion, de peur ou d'épuisement. Peut-être avez-vous appris à les éviter ; peut-être, au contraire, vous sentez-vous submergé·e. Ces réactions sont des réponses normales à un traumatisme complexe, notamment après des violences subies dans l'enfance. Le traumatisme modifie profondément la manière dont le corps et le cerveau traitent les émotions : il réorganise les systèmes de survie, et rend certaines émotions difficiles à identifier ou à tolérer.

Qu'est-ce qu'une émotion ?

Les émotions ne sont ni bonnes ni mauvaises. Ce sont des réponses naturelles et spontanées à des événements internes (une pensée, un souvenir) ou externes (une interaction, une situation inattendue). Elles nous guident dans nos choix et nos actions, et elles sont indissociables de nos sensations corporelles.

Les émotions comme signaux

  • La peur avertit d'un danger potentiel et incite à fuir ou à se protéger.
  • La colère indique qu'une limite a été franchie ou qu'un changement est nécessaire.
  • La tristesse signale une perte ou un besoin de prendre soin de soi.
  • La joie encourage à savourer et à reproduire les expériences positives.

Les émotions de base et leurs fonctions

Les chercheur·euses identifient généralement huit émotions de base, chacune avec ses intensités. Voici une classification simplifiée :

  • Intérêt (curiosité → passion) : explorer et apprendre.
  • Joie (satisfaction → euphorie) : renforcer les expériences positives.
  • Peur (inquiétude → terreur) : protéger des situations dangereuses.
  • Colère (irritation → rage) : défendre ses limites.
  • Tristesse (mélancolie → désespoir) : faire face à une perte, demander du soutien.
  • Dégoût (aversion → répulsion) : éviter ce qui est nuisible.
  • Honte (gêne → humiliation) : encourager à réparer une situation sociale.
  • Surprise (étonnement → frayeur) : préparer une réponse rapide à l'inconnu.

Des messagères, pas des ennemies

On classe souvent les émotions en « positives » et « négatives ». Cette vision peut mener à se juger, à se reprocher d'être triste ou en colère. Pourtant, toutes les émotions, même inconfortables, ont une fonction. La tristesse pousse à ralentir et à se recentrer sur ses besoins ; la colère peut signaler qu'un changement est nécessaire.

La prochaine fois que vous ressentez une émotion difficile, vous pouvez vous demander : « Que veut-elle me dire ? De quel besoin, de quelle limite parle-t-elle ? »

Deux types de réactions émotionnelles

  1. Les émotions qui réagissent directement à l'environnement : la joie face à la gentillesse, la colère face à une injustice.
  2. Les émotions qui réagissent à nos propres émotions et pensées : avoir honte d'être triste, se sentir coupable d'être en colère. Ces « méta-émotions » sont souvent liées à la honte.

Plus on juge durement ce qu'on ressent, plus il devient difficile de l'accepter et d'y faire face.

Les émotions s'ancrent dans le corps

Après un traumatisme, il peut être difficile de reconnaître que les émotions ne se limitent pas à des pensées : elles s'expriment d'abord dans le corps. Une tension dans les épaules, un nœud dans l'estomac, un cœur qui accélère, sans savoir à quoi ces sensations sont liées : ces signaux corporels sont souvent les premiers indicateurs d'une émotion.

Quelques exemples :

  • une lourdeur dans la poitrine peut indiquer de la tristesse ;
  • une tension dans les épaules peut signaler de l'anxiété ou de la colère ;
  • une sensation de chaleur dans tout le corps peut accompagner la joie ou la colère.

Les émotions après un traumatisme

Normalement, les parents ou les adultes qui prennent soin d'un enfant lui apprennent à comprendre et à réguler ses émotions. Les personnes qui ont subi des violences dans l'enfance ont souvent été confrontées à des situations qui provoquaient des émotions extrêmes et débordantes. Elles ont souvent grandi dans des familles où certaines émotions étaient interdites, et où il était parfois dangereux d'en exprimer : cela pouvait signifier une punition, ou un rejet complet.

Le traumatisme modifie donc profondément la relation à ses émotions. On peut ressentir trop, ou trop peu, d'émotions ou de sensations, souvent sans comprendre pourquoi, parfois sous forme de « flashbacks » émotionnels. On peut en venir à croire que certaines émotions ne sont pas acceptables, voire que ressentir quoi que ce soit est inapproprié. Et finir par éviter ou craindre ses émotions et ses sensations.

La dissociation émotionnelle

La dissociation est une réponse naturelle au traumatisme. Le cerveau « déconnecte » les émotions de l'expérience consciente pour éviter une surcharge. On peut alors ressentir :

  • un engourdissement émotionnel (ne pas savoir ce qu'on ressent) ;
  • une incapacité à relier des sensations corporelles à une émotion précise ;
  • une impression de vide ou de détachement.

Se juger pour ce qu'on ressent

Si vous avez grandi dans un environnement où exprimer vos émotions était dangereux ou mal vu, il est normal de vous juger durement : « Je ne devrais pas ressentir de colère. » « Être triste me rend faible. »

Ces jugements viennent d'expériences où vos émotions n'étaient ni accueillies ni respectées. Avec le temps, il est possible d'apprendre à les voir autrement : comme des alliées, pas des ennemies.

La difficulté à prêter attention aux signaux

Il peut sembler plus facile d'ignorer ses émotions que d'y prêter attention. Pourtant, une émotion ignorée a tendance à s'intensifier : une irritation non entendue peut se transformer en colère.

La difficulté à nommer les émotions

Nommer une émotion peut sembler impossible : on ressent un mélange de tristesse, de colère et de peur, sans savoir les distinguer. Cela peut venir :

  • d'un apprentissage manquant : si personne ne vous a appris à reconnaître vos émotions, il est normal de ne pas savoir les nommer ;
  • de la peur des émotions : si elles ont été associées à des punitions ou à des souvenirs traumatiques, s'en approcher peut sembler insupportable.

Une roue des émotions peut aider à élargir son vocabulaire : on commence par des mots simples (joie, colère) et on explore peu à peu les nuances (frustration, mélancolie, euphorie).

Pourquoi travailler sa relation aux émotions ?

  • Pour se sentir en sécurité. Les émotions donnent des informations sur ce qui se passe autour de nous ; elles peuvent par exemple signaler qu'une personne est fiable, ou au contraire imprévisible.
  • Pour préserver sa santé. Être attentif·ve aux signaux du corps aide à repérer ses besoins : boire, manger, dormir, consulter.
  • Pour être moins submergé·e. Observer ses émotions de façon sûre et progressive diminue la vulnérabilité à l'accablement, à la dissociation, ou au recours à des stratégies qui font du tort.
  • Pour profiter davantage de la vie : la musique, un film, des relations qui comptent.

Comment travailler avec ses émotions

La fenêtre de tolérance

La fenêtre de tolérance est la zone dans laquelle on peut ressentir des émotions sans être submergé·e ni déconnecté·e. Après un traumatisme, elle peut être très étroite, mais elle peut s'élargir avec la pratique. Quand on est submergé·e, des exercices d'ancrage (respirer lentement, toucher un objet) aident à revenir ; quand on est déconnecté·e, des activités sensorielles (écouter de la musique, toucher des textures) aident à se reconnecter.

La curiosité, puis la compassion

Face à une émotion, on peut d'abord être curieux·se : qu'est-ce que je ressens, et pourquoi ? Suis-je ancré·e dans le présent, ou absorbé·e par des pensées ou des souvenirs ? Est-ce que je néglige un signal de mon corps ?

Si vous ressentez de la colère, plutôt que de la juger, demandez-vous : quelle limite a été franchie ? Comment puis-je l'exprimer sans me faire de tort ?

Puis vient la compassion : vos émotions sont là pour vous aider, même quand elles sont difficiles à comprendre. Traitez-vous avec la même gentillesse que celle que vous offririez à une personne qui vous est chère.

Vers une relation apaisée avec ses émotions

Apprendre à identifier, comprendre et accepter ses émotions est un chemin exigeant, mais transformateur. Chaque moment où vous prêtez attention à votre corps, où vous nommez une émotion, où vous êtes bienveillant·e envers vous-même compte.

Les émotions, même les plus difficiles, peuvent devenir des alliées dans le rétablissement. Avec du temps, de la patience et des soins adaptés, il est possible de réapprendre à vivre avec elles.

sources.

1. Marylène Cloitre, Lisa Cohen, Karestan Koenen, Treating Survivors of Childhood Abuse, Guilford Press, 2006. · 2. Marsha Linehan, DBT Skills Training Manual, 2e éd., Guilford Press, 2015. · 3. Pat Ogden, Kekuni Minton, Clare Pain, Le Trauma et le corps, De Boeck, 2015.

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