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Cette ressource évoque les conséquences des violences subies dans l'enfance, sans les décrire. Si vous préférez y revenir plus tard, prenez le temps dont vous avez besoin.

comprendre

pourquoi les conflits sont si difficiles après un traumatisme

Un simple désaccord peut déclencher de la panique, de la colère ou de la honte. Ce n'est pas un défaut de caractère : ce sont des stratégies apprises, et d'autres s'apprennent.

écrit par l'équipe nook · sources en fin d'article · 6 min de lecture

Une porte entrouverte entre deux pièces, une personne au loin les bras croisés.

Les conflits font partie de toute relation. Mais quand on a subi des violences dans l'enfance, ils peuvent devenir des déclencheurs très intenses.

Pourquoi un désaccord peut sembler si dangereux

Nos premières relations façonnent notre façon d'interagir. Quand elles ont été marquées par la violence ou la trahison, le système d'alarme interne peut se déclencher pour un désaccord mineur. Une simple différence d'opinion peut provoquer :

  • une peur intense ;
  • une colère disproportionnée ;
  • une honte profonde ;
  • une sensation de panique ;
  • le figement, la fuite ou l'envie de se battre.

Le traumatisme installe aussi des croyances rigides : « un conflit, c'est un danger », « s'il n'est pas d'accord, il va me rejeter », « je dois me soumettre pour être en sécurité », « les autres finiront par me trahir ».

Deux peurs opposées peuvent coexister : la peur de l'attachement (« je ne peux pas faire confiance, je dois garder mes distances ») et la peur de la perte (« je ne supporterai pas d'être abandonné·e »). Cette tension donne l'impression de perdre le contrôle, et rend le conflit encore plus difficile à traverser.

Quatre styles hérités du traumatisme

Chacun·e développe des stratégies, souvent inconscientes, face aux désaccords. Après des violences dans l'enfance, certaines sont dites dysfonctionnelles : elles ont protégé autrefois, elles coûtent cher aujourd'hui.

L'évitement. Céder vite pour ne pas risquer la rupture, au détriment de ses propres besoins. « Tout me va, pas de problème », alors que ce n'est pas vrai.

L'agressivité. Être en mode lutte en permanence, prêt·e à se battre pour ne jamais se retrouver dominé·e. Le besoin de dominer pour ne plus être en position de victime.

Les stratégies indirectes. Éviter le conflit ouvert, obtenir ce qu'on veut sans affrontement : messages détournés, communication passive-agressive.

L'hypervigilance stratégique. Anticiper sans cesse les réactions de l'autre, comme aux échecs : « si je dis ça, il réagira comme ça, donc je dois faire ça ». C'est épuisant.

Ces styles varient selon les personnes et les contextes. On peut s'affirmer au travail et éviter tout conflit en famille.

L'objectif est une approche plus souple : reconnaître que les désaccords font partie des relations saines, chercher des solutions ensemble, s'exprimer clairement en restant calme. Une question pour vous : avez-vous connu, enfant, quelqu'un qui gérait les conflits de façon constructive ? Si la réponse est non, c'est normal que ce soit difficile : cela ne vous a jamais été montré. Ce sont des compétences qui s'apprennent.

Sept compétences pour des conflits plus sains

1. Être dans le présent

C'est le préalable à tout le reste. Quand on lit une situation à travers le passé, on prévoit les mêmes issues que dans le passé : des scénarios catastrophe, souvent disproportionnés. Face à une réaction forte, demandez-vous : « Qu'est-ce qui se passe là, concrètement, maintenant ? » Est-ce mon moi adulte qui réagit, ou une part blessée ?

2. Oser affronter

Plutôt que d'éviter, regarder le conflit comme potentiellement constructif : chercher ce qui se joue pour l'autre et pour soi. Le conflit donne des informations précieuses sur soi, sur l'autre et sur la relation.

3. Se réguler émotionnellement

Un conflit n'est constructif que dans la fenêtre de tolérance. En hyperactivation, on est débordé·e et on ne pense plus clairement. En hypoactivation, on se soumet et on n'arrive pas à s'affirmer. Si vous sentez que vous en êtes sorti·e, vous pouvez faire une pause, et le dire : « On en reparle plus tard, je ne suis pas en état d'en parler correctement maintenant. »

4. Comprendre ce qui se joue (la réflexivité)

Comprendre ses émotions et celles de l'autre, et distinguer son intention de sa façon de faire. Comprendre n'est pas excuser.

Exemple : un collègue entre dans votre bureau et s'emporte au sujet d'un dossier. Dans une compassion excessive, on se dirait « il est stressé, ce n'est pas grave, je prends sur moi ». Avec de la réflexivité, on se dit : son intention était sans doute d'être rassuré sur le dossier ; je le comprends, et la forme n'était pas respectueuse, je peux poser une limite là-dessus. Minimiser pour ne rien dire est une autre forme d'évitement.

5. Communiquer de façon affirmée

Exprimer ses besoins sans menacer, punir ni humilier : décrire les faits, dire ce que cela vous a fait vivre, nommer votre besoin, formuler une demande claire. Avec le collègue : « Quand tu es entré dans mon bureau et que tu as dit ça de cette façon, j'ai été surprise et mal à l'aise. J'aurais besoin qu'on en reparle calmement, pour comprendre et pour que ça ne se reproduise pas. »

Il s'agit des besoins de votre part adulte (clarté, respect, compréhension), pas de demander à l'autre de réparer vos blessures anciennes, ce qui relève du travail thérapeutique.

6. Reconnaître que l'autre est différent·e

Accepter que l'autre ait des opinions, des besoins et des désirs différents. Quand on est régulé·e, un désaccord ne remet pas en cause toute son identité.

7. Chercher un compromis

Le compromis ne dépend pas que de vous. Si vous êtes seul·e à le chercher face à quelqu'un de rigide, la relation est déséquilibrée. L'objectif n'est pas de garder un lien à tout prix, mais d'être dans un lien sain.

Tous les conflits ne se valent pas

Quand on a subi des traumatismes, le système nerveux s'active de la même façon pour tous les conflits. Or il y a une échelle :

  • les petits désaccords du quotidien (quel film regarder ce soir) ;
  • les différences d'opinion plus importantes ;
  • les problèmes sérieux (l'argent dans un couple, un choix qui vous engage) ;
  • les situations réellement dangereuses : violence, manipulation.

Un petit exercice : face à un conflit, notez de 0 à 100 sa gravité ressentie, puis sa gravité objective. L'écart entre les deux montre ce qui appartient au passé, et aide à reprendre du recul.

Ça s'apprend, petit à petit

C'est beaucoup d'informations, et on peut avoir l'impression qu'on n'y arrivera jamais. Au début, le recul viendra après coup, des jours plus tard : « j'aurais pu réagir comme ça ». Puis il viendra plus tôt, et un jour en temps réel. C'est un travail de répétition, possible même quand s'affirmer est difficile depuis très longtemps.

sources.

1. Suzette Boon, Kathy Steele, Onno van der Hart, Gérer la dissociation d'origine traumatique. Exercices pratiques pour patients et thérapeutes, De Boeck, 2014 (source de la leçon). · 2. Janina Fisher, Healing the Fragmented Selves of Trauma Survivors, Routledge, 2017. · 3. Marshall B. Rosenberg, Les mots sont des fenêtres (ou bien ce sont des murs), La Découverte, 1999 (communication non violente).

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