reconnaître ses symptômes
peur de l'abandon et de l'intimité en même temps : pourquoi ?
Avoir sans cesse besoin d'être rassuré·e, et paniquer dès que l'autre se rapproche. Ce n'est pas de l'instabilité : c'est une histoire.
écrit par l'équipe nook · sources en fin d'article · 3 min de lecture

Après des violences subies dans l'enfance, il est fréquent de passer d'un extrême à l'autre dans ses relations : un désespoir immense dès que l'on ne se sent pas rassuré·e dans le lien, et en même temps une panique face à la proximité. Ces réactions peuvent donner le sentiment d'être instable. Elles s'expliquent.
La peur de l'abandon vient de l'enfance
Un enfant dépend entièrement des adultes pour sa sécurité. Si un adulte ne répond pas à ses besoins, l'enfant est réellement en danger. Un adulte, lui, dispose normalement d'une autonomie et de ressources pour rebondir. La peur intense d'être abandonné·e, à l'âge adulte, est donc souvent une réactivation : un vécu de l'enfant qui ne s'est pas apaisé et qui s'exprime dans le présent.
Pourquoi on a besoin d'être sans cesse rassuré·e
Se sentir en sécurité dans le lien est une compétence qui se construit dans l'enfance, auprès d'adultes fiables. Quand ces adultes ont été absents, imprévisibles ou violents, elle n'a pas pu se développer. L'autre se retrouve alors chargé de rassurer, encore et encore.
S'y ajoute une image de soi très abîmée : on se trouve nul·le, pas à la hauteur, pas intéressant·e. On en déduit que l'autre va se lasser et partir. Ces inquiétudes poussent à chercher à être rassuré·e très souvent.
Et pourtant, l'intimité fait peur
Ce besoin de lien peut cohabiter avec une peur presque panique de l'intimité. Le corps a gardé l'empreinte d'une intrusion, de limites franchies, d'un manque de respect. Il réagit. Une relation trop proche peut déclencher une panique, et l'on met l'autre à distance.
On cherche donc la proximité et on la repousse à la fois, ce qui peut donner des comportements qui semblent incohérents, pour soi comme pour l'autre.
Des stratégies qui peuvent changer
Tout le monde ne vit pas ces deux peurs à la fois. Mais quand c'est le cas, il est important de savoir qu'elles font partie des symptômes du traumatisme complexe : des réactions normales, construites dans un contexte anormal. S'il y avait eu de la sécurité, elles n'auraient pas été nécessaires.
On n'est jamais enfermé·e dans ces stratégies. Se sentir en sécurité dans le lien, cela s'apprend, dans des relations où la confiance est possible : une relation thérapeutique, un groupe, ou certaines personnes de son entourage.
sources.
1. John Bowlby, Attachement et perte, PUF. · 2. Janina Fisher, Healing the Fragmented Selves of Trauma Survivors, Routledge, 2017.