reconnaître ses symptômes
les symptômes du traumatisme complexe à l'âge adulte
Fatigue qui ne passe pas, autocritique, hypervigilance, sensation d'irréalité : ce ne sont pas des traits de caractère, mais des manières de survivre à ce qui n'aurait jamais dû arriver.
écrit par l'équipe nook · sources en fin d'article · 6 min de lecture

Quand on a subi des violences dans l'enfance, il est fréquent de se reconnaître dans une longue liste de difficultés sans jamais les avoir reliées entre elles. Elles touchent les pensées, les émotions, les comportements, le corps et les sensations. Ensemble, elles forment ce qu'on appelle le traumatisme complexe (ou TSPT complexe, dans la classification de l'Organisation mondiale de la santé).
Voici les plus fréquentes, en cinq familles. Vous ne vous reconnaîtrez pas forcément dans toutes, et c'est normal.
1. Les symptômes dans les pensées
Une autocritique constante. On s'identifie souvent à ce que l'on a vécu, et cela laisse des croyances dévalorisantes sur soi : « je suis incapable », « je n'ai pas de valeur », « je ne vais jamais y arriver », « je suis en danger ». On voit d'abord ce qu'on fait mal, avec beaucoup de désespoir.
Des ruminations. Des pensées négatives, en boucle, automatiques, qui retournent les choses dans tous les sens pour essayer de leur trouver un sens. Ce qui n'a pas pu être compris à l'époque cherche à l'être aujourd'hui, et cela prend énormément d'énergie.
Des difficultés de concentration. Mémoriser, réfléchir, gérer plusieurs choses en même temps devient difficile, au travail comme au quotidien.
Une confusion mentale. Une impression de brouillard, du mal à prendre du recul. La mémoire traumatique n'a pas rangé les informations au bon endroit : il en manque, et le présent devient confus lui aussi.
2. Les symptômes émotionnels
Ce sont souvent ceux que les personnes décrivent comme les plus lourds au quotidien, y compris dans leurs relations.
L'envahissement. Des pensées, des souvenirs, des émotions si intenses qu'on a l'impression de ne plus rien gérer.
L'anxiété. Une anxiété permanente, et des crises d'angoisse : parfois liées à quelque chose qui rappelle le traumatisme, parfois déclenchées par un détail du quotidien qui réveille dans le corps une grande insécurité.
L'hypervigilance et l'irritabilité. On s'attend en permanence à être de nouveau en danger. Le corps reste en alerte, ce qui rend irritable et peut provoquer des réactions de colère ou impulsives.
La honte, la culpabilité, le désespoir. Des sentiments très douloureux, qui rendent le lien avec les autres difficile, et qui entament la motivation : se mettre en mouvement demande un effort énorme.
La difficulté à se détendre. Pour un cerveau qui a appris à survivre, se relâcher n'a pas de sens. C'est comme si un tigre était encore dans la pièce : on ne se détend pas face à un tigre. Cette tension protège, mais elle épuise, et elle peut couper des émotions et des autres.
3. Les symptômes dans les comportements
Le retrait. Peu à peu, on s'isole, parce que les autres déclenchent trop d'émotions difficiles. Mais l'isolement fait souffrir à son tour. S'engager dans un travail ou un projet peut aussi devenir très compliqué.
Les comportements qui apaisent tout de suite, mais blessent ensuite. Automutilations, addictions : ils anesthésient la douleur et ramènent un calme immédiat, au prix de lourdes conséquences.
Le besoin de contrôle. Quand on a été réduit·e à l'impuissance, on fait tout pour ne plus jamais l'être. Ce contrôle protège, mais il peut empêcher de se laisser aller et pousser vers des exigences de perfection extrêmes, qui mettent en échec.
Les troubles alimentaires. Ils permettent de réguler à l'intérieur ce qu'on n'a pas pu réguler à l'extérieur, puis s'installent et créent leurs propres difficultés.
Les difficultés dans la sexualité et l'intimité. Absence de désir, impossibilité d'entrer dans l'intimité, ou au contraire comportements à risque. La plupart des traumatismes ont touché la relation : qu'ils aient été sexuels ou non, ils ont souvent des effets sur l'intimité avec une autre personne.
4. Les symptômes physiques
Un corps mobilisé en permanence pour lutter ou fuir ne peut pas rester sans conséquences.
Une fatigue chronique. Se lever épuisé·e est cohérent avec un système nerveux toujours en alerte.
Des douleurs. Tensions, migraines, maux de dos.
Des troubles digestifs. Le système nerveux qui règle la digestion est lui aussi déréglé : syndrome de l'intestin irritable et autres troubles digestifs sont fréquents.
Des troubles du sommeil. Difficultés à s'endormir, cauchemars, peur de la nuit, réveils nocturnes, qui ajoutent de la fatigue à la fatigue.
5. Les symptômes sensoriels
Ce sont souvent ceux qui font le plus peur, et qui font croire qu'on « devient fou ou folle ». Ce n'est pas le cas.
Un sentiment d'irréalité. Le monde, qui devrait être un lieu sûr à explorer, est devenu menaçant, comme un cauchemar. Il peut sembler irréel (on parle de déréalisation).
Un corps qui semble détaché. Des parties du corps qu'on ne sent pas, l'impression de ne plus être dans son corps (on parle de dépersonnalisation).
Des perceptions sans objet. Sentir soudain une odeur, entendre une voix, voir une image : ce sont des fragments du traumatisme qui n'ont pas pu s'intégrer à la mémoire et ressurgissent. Dans le trouble de stress post-traumatique, ce ne sont pas des symptômes psychotiques.
Des trous de mémoire. Ne plus savoir quel jour on est, ce qui s'est passé la semaine ou les mois précédents : le rapport au temps se brouille.
Des réactions normales à une situation anormale
Ces symptômes peuvent être un vrai handicap au quotidien. Mais ils ne disent pas qui vous êtes. Ce sont des manières, pour le corps et le psychisme, de retrouver un équilibre dans une vie devenue chaotique. Ce qui est anormal, c'est ce que vous avez vécu et que vous n'auriez jamais dû vivre.
Et ces symptômes se soignent : avec des soins adaptés au traumatisme, ils diminuent.
Tous les articles sur les symptômes
sources.
1. Organisation mondiale de la santé, CIM-11, 6B41 « Trouble de stress post-traumatique complexe ». · 2. Judith Herman, Trauma and Recovery, Basic Books, 1992. · 3. Bessel van der Kolk, Le Corps n'oublie rien, Albin Michel, 2018. · 4. Marylène Cloitre et al., Treating Survivors of Childhood Abuse, Guilford Press, 2006.
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