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Cette ressource évoque les conséquences des violences subies dans l'enfance, sans les décrire. Si vous préférez y revenir plus tard, prenez le temps dont vous avez besoin.

comprendre

honte et culpabilité après des violences dans l'enfance : pourquoi ce n'était pas votre faute

« J'aurais dû réagir. » « Je suis sale. » Ces pensées reviennent souvent après des violences subies dans l'enfance. Elles ont une explication, et elles ne disent pas la vérité sur vous.

écrit par l'équipe nook · sources en fin d'article · 5 min de lecture

Une femme de dos à une table de cuisine, une tasse dans les mains.

Beaucoup de personnes qui ont subi des violences dans l'enfance portent, des années plus tard, deux poids qui se ressemblent : la culpabilité et la honte. On les confond souvent. Les distinguer aide à comprendre d'où elles viennent, et pourquoi elles ne vous appartiennent pas.

Culpabilité et honte : quelle différence ?

La culpabilité dit : « J'ai fait quelque chose de mal. »

  • Elle porte sur une action, un comportement.
  • Elle s'accompagne de la peur d'être puni·e.

La honte dit : « Je suis quelqu'un de mal. »

  • Elle touche l'identité, ce que l'on est.
  • Elle s'accompagne du désir de disparaître, d'être invisible.

La culpabilité glisse facilement vers la honte : « j'ai mal agi » devient « je suis mauvais·e ».

Il faut aussi distinguer deux culpabilités. La culpabilité « réelle » est liée à un acte que l'on a commis. La culpabilité des personnes qui ont subi des violences est presque toujours imposée : elle vient de l'extérieur, de l'agresseur, de l'entourage, du contexte culturel, puis elle s'installe à l'intérieur.

Dans le corps, elles ne se vivent pas de la même façon

  • La culpabilité active : agitation, besoin d'agir, de réparer.
  • La honte éteint : envie de se cacher, effondrement, immobilité, engourdissement.

« Pourquoi je n'ai pas réagi ? »

C'est l'une des sources les plus fréquentes de culpabilité : on se reproche de ne pas avoir crié, de ne pas s'être débattu·e, d'avoir « laissé faire ». Or face à un danger grave, nos réactions ne relèvent pas d'un choix. Elles sont dirigées par le système nerveux autonome, de façon automatique, comme chez tous les mammifères.

Ces réactions se succèdent dans un ordre précis :

  1. Appeler à l'aide. On cherche d'abord du soutien, quelqu'un qui pourrait nous sortir du danger. Pour un enfant, cette option est le plus souvent impossible.
  2. Lutter ou fuir. Quand personne ne vient, le corps mobilise son énergie pour se défendre ou s'échapper. Un enfant n'en a ni la force physique ni les moyens : il dépend des adultes pour sa sécurité de tous les jours, y compris de celui ou celle qui lui fait du mal.
  3. Se figer. Quand on ne peut ni appeler, ni lutter, ni fuir, le corps se met à l'arrêt pour survivre. C'est la sidération : on est coupé·e, passif·ve, parfois spectateur·rice de ce qui arrive.

Le figement s'accompagne souvent de soumission, très fréquente chez les enfants. Se soumettre donne un pseudo-contrôle face à une impuissance terrifiante, et peut éviter que la violence monte encore. La soumission est une réaction de survie. Elle ne signifie en aucun cas que l'enfant participait ou consentait.

À l'âge adulte, ces réactions peuvent rester comme des habitudes : peur du conflit, difficulté à dire non, à prendre sa place d'adulte. Ce n'est pas un trait de caractère. Cela se travaille.

Pourquoi la honte s'installe après des violences dans l'enfance

L'enfant ne peut pas comprendre

Face à quelque chose d'incompréhensible, l'enfant cherche une explication. La plus accessible est aussi la plus injuste : « c'est de ma faute ».

Les messages de l'agresseur la fabriquent

Les personnes qui commettent des violences utilisent des stratégies qui déplacent la responsabilité sur l'enfant.

Brouiller la réalité, minimiser :

  • « Tu es trop sensible, tu exagères. »
  • « Ce n'était qu'un jeu. »
  • « C'est notre secret. »

Résultat : l'enfant doute de ce qu'il ou elle a vécu et ressenti.

Reprocher, transférer la responsabilité :

  • « C'est toi qui m'as provoqué. »
  • « Si tu n'étais pas comme ça, rien ne serait arrivé. »
  • « Tu es spécial·e pour moi. »

Ces phrases s'appuient sur les besoins de l'enfant et lui font croire qu'il ou elle aurait pu, ou dû, empêcher ce qui s'est passé.

Menacer :

  • « Si tu parles, c'est toi qui auras des problèmes. »
  • « Personne ne te croira. »
  • « Tu vas détruire la famille. »

Le silence et l'isolement

Ne pas pouvoir en parler renforce l'idée d'être seul·e, et que c'est honteux.

L'absence de protection

Un enfant qui n'a pas été protégé peut en conclure qu'il ne méritait pas de l'être.

Les réactions du corps

Le corps a parfois réagi physiologiquement pendant les violences. C'est une réaction automatique, qui ne dit rien d'un désir ou d'un consentement. Mais elle crée une confusion profonde, et une honte très lourde à porter.

Les croyances qui entretiennent la honte

  • « Je n'ai aucune valeur. »
  • « Je suis sale, abîmé·e. »
  • « Si les gens savaient qui je suis vraiment… »
  • « C'est de ma faute. »
  • « Je ne mérite pas d'être aimé·e. »
  • « Mon corps m'a trahi·e. »
  • « Il y a quelque chose de mauvais en moi pour que ça me soit arrivé. »
  • « Je ne serai jamais aussi "normal·e" que les autres. »

Ces croyances sont des conséquences du traumatisme, pas des vérités sur vous.

Pourquoi la honte persiste

La honte n'est pas un défaut. C'est, elle aussi, une réponse de survie. Quand se soumettre était la seule option, elle permettait de se faire petit·e, d'éviter ce qui pouvait aggraver le danger, et de garder le lien avec des adultes dont l'enfant dépendait, même maltraitants. Des années plus tard, elle continue de jouer ce rôle alors que le danger est passé. C'est pour cela qu'elle ne disparaît pas en se raisonnant, et qu'elle se travaille, en soin, avec des personnes formées au traumatisme.

sources.

1. Judith Herman, Trauma and Recovery, Basic Books, 1992. · 2. Donald Nathanson, Shame and Pride, Norton, 1992. · 3. Muriel Salmona, Le Livre noir des violences sexuelles, Dunod, 2013. · 4. CIIVISE, « On vous croit », rapport, novembre 2023.

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