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Cette ressource évoque les conséquences des violences subies dans l'enfance, sans les décrire. Si vous préférez y revenir plus tard, prenez le temps dont vous avez besoin.

comprendre

poser des limites quand on a subi des violences dans l'enfance

Dire non, sans culpabiliser ni couper les ponts : quand on n'a jamais appris à le faire, c'est une vraie difficulté. Elle a des raisons précises.

écrit par l'équipe nook · sources en fin d'article · 5 min de lecture

Une femme debout sur le pas de sa porte, la main sur le chambranle.

Les personnes qui ont subi des violences dans l'enfance ont souvent beaucoup de mal à poser des limites. Ce n'est pas un manque de caractère : cette difficulté a des raisons précises, liées aux traumatismes et à leurs conséquences.

Pourquoi c'est si difficile : cinq raisons

1. La peur d'être abandonné·e, ou la peur de dépendre

Poser une limite peut faire craindre d'être rejeté·e ou abandonné·e. On est alors prêt·e à tout accepter pour ne pas vivre ça. À l'inverse, certaines personnes ont une peur énorme de dépendre des autres : elles mettent tout le monde à distance, et leur limite est si loin que plus personne ne peut les atteindre. Les deux peurs peuvent coexister chez la même personne.

2. Se sentir responsable de tout

Quand on a subi des violences, on a tendance à se blâmer d'emblée et à ne jamais questionner la responsabilité de l'autre. Face à une situation difficile, la première question est : « qu'est-ce qui vient de moi ? ». Or, souvent, cela ne vient pas de vous. Se remettre en question est utile ; le faire seul·e, comme si vous étiez la seule personne de la relation à pouvoir le faire, crée un angle mort. Certaines personnes ont d'ailleurs intérêt à ce que vous ne posiez pas de limites.

3. Une limite contestée remet tout en question

Quand l'autre conteste une limite, on peut se sentir remis·e en question dans tout son être, et pas seulement sur un comportement précis. Le trauma complexe atteint fortement le sentiment d'identité : il devient difficile de séparer « cette situation » de « je ne suis pas une bonne personne ».

4. Ne pas savoir ce qui est acceptable

Ce qui a été vécu a faussé les repères. Il devient difficile de savoir ce qui est normal ou non dans une relation.

5. Personne ne vous a montré

On n'a parfois jamais eu de modèle : personne autour de soi pour montrer qu'une limite peut servir la relation, se discuter, s'ajuster. On a même pu avoir des contre-modèles, des adultes très rigides ou au contraire entièrement soumis. Sans modèle et sans expérience, la difficulté à l'âge adulte n'a rien d'étonnant. Et c'est une compétence qui s'apprend.

Qu'est-ce qu'une limite personnelle ?

Une limite personnelle indique aux autres comment se comporter envers vous de façon respectueuse et sûre. Elle vous permet aussi de savoir comment réagir si quelqu'un la franchit. Connaître ses limites permet à la fois de garder une distance avec les autres et de rester en lien avec eux.

Poser une limite n'est pas exercer un pouvoir sur l'autre. C'est prendre une responsabilité envers soi-même.

Les limites concernent beaucoup de domaines :

  • le temps passé avec l'autre ;
  • l'énergie émotionnelle investie ;
  • la façon dont l'autre vous traite ;
  • l'argent ;
  • la proximité physique et émotionnelle ;
  • les contacts sexuels.

Limites saines, laxistes ou rigides

Des limites saines

Une personne qui a des limites saines peut notamment :

  • dire clairement oui ou non, et entendre un non sans s'effondrer ;
  • savoir ce qu'elle ressent, ce qu'elle veut et ce dont elle a besoin, et l'exprimer ;
  • se confier progressivement, dans une relation de confiance ;
  • refuser d'être maltraitée ou méprisée ;
  • connaître ses limites physiques et sexuelles, et les maintenir ;
  • reconnaître sa part dans un problème, sans porter celle des autres ;
  • demander de l'aide quand c'est nécessaire ;
  • ne pas renoncer à ses principes pour éviter le rejet.

Des limites trop laxistes

  • Ne pas pouvoir dire non, par peur du rejet, de l'abandon ou de la colère.
  • Laisser les autres définir qui l'on est.
  • Se sentir responsable du bonheur des autres, vivre leurs problèmes comme les siens.
  • Se confier beaucoup, très vite.
  • Ne pas pouvoir refuser un contact sexuel non désiré.
  • Accepter d'être maltraité·e.
  • Faire passer les souhaits des autres avant les siens, céder dès qu'on insiste.

Des limites trop rigides

  • Dire bien plus souvent non que oui, surtout à la proximité.
  • Éviter l'intimité : ne pas communiquer, chercher la dispute, travailler sans cesse.
  • Parler rarement de soi, avoir peu de relations proches.
  • Avoir du mal à reconnaître ses propres besoins et sentiments.
  • Ne presque jamais demander d'aide.

Beaucoup de personnes oscillent entre les deux, selon les relations ou les moments. Certaines parts de vous peuvent repousser les autres pour ne pas être trop proches, pendant que d'autres veulent plaire à tout prix pour ne pas être abandonnées. Ces réactions sont normales après un traumatisme.

Distance et proximité : ce n'est pas un rejet

Dans toute relation, la distance et la proximité varient. C'est normal, et chacun·e a son propre seuil de confort. Quand quelqu'un a besoin de plus de distance, ce n'est pas forcément qu'il ou elle tient moins à vous : c'est souvent qu'il ou elle cherche ce qui lui fait du bien à ce moment-là. De même, quelqu'un qui veut plus de contact ne cherche pas forcément à vous étouffer ou à vous contrôler.

sources.

1. Suzette Boon, Kathy Steele, Onno van der Hart, Gérer la dissociation d'origine traumatique. Exercices pratiques pour patients et thérapeutes, De Boeck, 2014 (source de la leçon). · 2. Marylène Cloitre, Lisa Cohen, Karestan Koenen, Treating Survivors of Childhood Abuse, Guilford Press, 2006.

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