reconnaître ses symptômes
et si ce n'était pas « vous » ?
Je croyais être paresseuse, trop sensible, difficile. C'étaient les conséquences du traumatisme.
écrit par l'équipe nook · sources en fin d'article · 5 min de lecture

Pendant longtemps, j'ai pris des symptômes pour des traits de ma personnalité. Dans cet article, je raconte comment j'ai compris que ce n'était pas « juste moi », et quelles sont les grandes familles de symptômes du traumatisme complexe.
Et si ce que vous pensiez être votre personnalité… cachait en réalité le traumatisme ?
Je dis souvent que je confondais des symptômes avec des traits de personnalité.
Concrètement, ça voulait dire que je prenais des mécanismes de survie, appris pour me protéger, pour des traits de caractère.
Je pensais que c'était juste… moi. Mes défauts.
- Je dormais tout le temps → j'étais paresseuse
- Je pleurais pour un rien → j'étais trop émotive, hypersensible
- J'oubliais des mots → tête en l'air
- Je ne retenais pas les noms, les références culturelles → pas très cultivée
- Je procrastinais → manque de volonté
- Je fuyais les conflits → trop gentille
- Très critique des autres → intolérante
- Facilement agacée → colérique
- Je ne supportais pas les contacts physiques → frigide, froide
- Je perdais le fil dans les conversations → TDAH ?
- Je ne supportais pas les contraintes du cadre pro → inadaptée
- Je ne tenais pas en couple → instable
- J'étais épuisée dès que je sortais → pas endurante, asociale
Je pourrais continuer sur des pages.
Peut-être que vous vous reconnaissez dans certains de ces exemples, et surtout dans le raccourci qu'on fait trop souvent.
En bref, j'étais trop ou pas assez. Et surtout : quelle que soit la situation, c'était toujours de ma faute.
J'avais intégré que ces symptômes étaient ma nature profonde, plutôt que la conséquence des violences que j'avais subies.
J'ai compris tard que ce n'était pas « juste moi »
En réalité, j'étais traumatisée. Je minimisais complètement l'impact que les violences sexuelles avaient eu sur ma vie.
Mais je ne minimisais pas consciemment.
Je minimisais parce que je ne savais pas que ça pouvait toucher bien plus que ma sexualité ou mes relations amoureuses. Je ne savais pas que ça pouvait aussi expliquer ma fatigue, mes douleurs physiques, mes difficultés relationnelles, mon brouillard mental, ma sensibilité au bruit…
Les réseaux m'ont donné des mots… mais pas toujours les bons
Alors, comme beaucoup, quand j'ai commencé à faire des liens, j'ai plongé dans les contenus viraux.
Tout ce qui pouvait m'aider à comprendre pourquoi je me sentais différente m'attirait : hypersensibilité, HPI, TDAH, autisme…
Des vidéos bienveillantes, parfois éclairantes. Seulement, le trauma complexe peut « ressembler » à d'autres troubles mentaux ou à des neurodivergences.
Par exemple, certaines manifestations du TDAH ou de l'autisme devraient vous parler :
- difficultés à se concentrer ;
- hypersensibilité sensorielle ;
- repli social ;
- rigidités comportementales ;
- shutdowns émotionnels ;
- procrastination extrême.
On peut les vivre également après des violences subies dans l'enfance, quelles qu'elles soient.
Or ces ressemblances peuvent créer du doute sur l'origine des symptômes, et ne permettent pas de comprendre ce qui les déclenche.
Ce n'est pas parce que je vis une surcharge sensorielle que je suis autiste. Ce n'est pas parce que je m'éparpille que j'ai un TDAH.
Parfois, c'est juste mon cerveau qui reste figé dans l'alerte. Parfois, c'est une mémoire traumatique qui s'active sans prévenir.
Peu importe les étiquettes : ce qui compte, c'est d'avoir la bonne boussole pour le soin
On peut être neuroatypique et traumatisé·e. Ce n'est pas une opposition : les comorbidités existent.
C'est bien pour ça que seule une évaluation clinique approfondie permet de faire la différence.
Pour être bien accompagné·e, il est essentiel de distinguer :
- ce qui vient du neurodéveloppement ;
- ce qui est une adaptation au stress extrême ;
- ce qui est une réponse à une violence subie.
Un bon diagnostic peut tout changer dans le parcours de soin.
J'ai plongé dans les livres pour apprendre à me comprendre autrement
En parallèle de mes thérapies, j'ai plongé dans les livres spécialisés, pour comprendre le traumatisme, son impact sur ma vie, et progressivement apprendre à être plus douce avec moi-même quand il se manifeste dans mon quotidien.
Un jour, j'ai entendu une psychologue spécialisée du trauma complexe expliquer le trauma complexe en 5 grandes familles de symptômes. Tout de suite, c'était plus simple à expliquer à mes proches. Plus simple à reconnaître aussi, pour moi.
On a parfois besoin d'entendre les choses sous plusieurs angles pour vraiment les intégrer.
Bien sûr, cela ne veut pas dire que vous vous reconnaîtrez dans toutes ces catégories. Chaque personne vit les conséquences du traumatisme à sa manière.
Visuel des 5 familles à refaire à la charte du site (l'image actuelle est hébergée sur Substack). À défaut, liste : cognitif, émotionnel, comportemental, physique, sensoriel, avec un lien vers l'article pilier « Les symptômes du traumatisme complexe à l'âge adulte ».
Ces symptômes ne veulent pas dire que vous êtes « fou·folle » ni que vous exagérez.
Ce sont des réponses normales à des situations anormales, même anciennes ou enfouies. Ils ne font pas de vous quelqu'un de « faible », d'« instable » ou d'« anormal·e ».
Et surtout : avec des soins adaptés, ils peuvent s'apaiser.
Vous avez déjà fait le plus dur
Si vous êtes là, vous avez déjà fait une grande partie du chemin, félicitez-vous.
sources.
1. Organisation mondiale de la santé, CIM-11, définition du trouble de stress post-traumatique complexe (6B41). · 2. Judith Herman, Trauma and Recovery, Basic Books, 1992.