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trauma simple, trauma complexe : la différence qui change le soin
Ce n'est pas une question de gravité, mais de durée, de contexte et d'âge. Et cela change la façon de se soigner.
écrit par l'équipe nook · sources en fin d'article · 4 min de lecture

On parle souvent du trouble de stress post-traumatique (TSPT) après un accident, une agression ou un attentat. Mais quand les violences ont duré, qu'elles ont eu lieu dans l'enfance et qu'elles venaient souvent de proches, leurs effets ne ressemblent pas tout à fait à ceux d'un événement unique. Depuis 2022, la classification internationale des maladies de l'Organisation mondiale de la santé (CIM-11) reconnaît cette différence avec un diagnostic à part : le TSPT complexe.
Qui est concerné ?
Le TSPT complexe touche surtout des personnes qui ont subi des traumatismes répétés et prolongés, dont il était difficile ou impossible de s'échapper : violences physiques, psychologiques ou sexuelles dans l'enfance, inceste, négligences graves, violences conjugales. Ces traumatismes surviennent souvent au moment où la personne se construit.
Pourquoi la distinction compte
Au TSPT (souvenirs qui reviennent, évitement, hypervigilance), le TSPT complexe ajoute trois difficultés durables : à réguler ses émotions, à se percevoir positivement (honte, culpabilité, sentiment de ne pas valoir grand-chose), et à être en relation avec les autres. Le TSPT complexe ne se distingue donc pas par la gravité de la souffrance, mais par la nature, la durée et le contexte des traumatismes, et par leur impact sur la construction même de la personne.
Dans le TSPT complexe, les traumatismes ne sont pas seulement des événements passés : ils deviennent un état intérieur permanent, une manière d'être au monde forgée dans la survie.
Tableau comparatif
- Nature du trauma : TSPT : Événement unique ou limité dans le temps (accident, agression ponctuelle, catastrophe). ; TSPT complexe : Traumatismes répétés, prolongés, souvent interpersonnels (violences sexuelles, maltraitances, négligences), fréquemment dans l'enfance.
- Rapport au temps : TSPT : Il y a un avant et un après. ; TSPT complexe : Pas de véritable « après » : le trauma devient un climat intérieur.
- Développement : TSPT : Globalement préservé. ; TSPT complexe : Le trauma touche la construction du soi, la régulation des émotions, les liens d'attachement.
- Lien à soi et au monde : TSPT : Le sentiment de sécurité est atteint ponctuellement. ; TSPT complexe : Transformation durable de la manière de se voir, de voir les autres et le monde.
- Système nerveux : TSPT : Réactions face à des déclencheurs précis. ; TSPT complexe : Système de survie activé en permanence, alternance d'hyperactivation et d'hypoactivation.
- Impuissance : TSPT : Liée au souvenir de l'événement. ; TSPT complexe : Centrale : elle devient un mode de fonctionnement appris dans la survie.
- Corps : TSPT : Réactions transitoires. ; TSPT complexe : Impuissance inscrite dans le corps : figement, inhibition de l'action, effondrement.
- Dissociation : TSPT : Possible, souvent au moment de l'événement. ; TSPT complexe : Chronique et protectrice : anesthésie psychique, déconnexion durable.
- Vide intérieur : TSPT : Peu fréquent. ; TSPT complexe : Sentiment de vide, d'inexistence, de discontinuité de soi.
- Culpabilité : TSPT : Liée à l'événement (« j'aurais dû… »). ; TSPT complexe : Stratégie de survie : « si c'est de ma faute, je peux changer quelque chose ».
- Identité : TSPT : Globalement stable. ; TSPT complexe : Estime de soi et limites personnelles atteintes.
- Symptômes : TSPT : Principalement des réactions. ; TSPT complexe : Des adaptations à un environnement traumatique prolongé.
Ce que cela change pour le soin
Si le traumatisme a façonné la manière de ressentir, de penser et d'être en lien, le soin ne peut pas se limiter à traiter un souvenir. Il commence par retrouver de la sécurité dans le présent : apprendre à réguler ses émotions et son système nerveux, se réancrer, comprendre ses réactions. Le travail sur les souvenirs vient ensuite, quand on peut le faire sans être submergé·e.
C'est aussi pour cela qu'un suivi court et généraliste suffit rarement : le TSPT complexe demande des professionnel·les formé·es au traumatisme et un accompagnement dans la durée.
sources.
1. Organisation mondiale de la santé, CIM-11, 6B40 (TSPT) et 6B41 (TSPT complexe). · 2. Chris R. Brewin et al., « A review of current evidence regarding the ICD-11 proposals for diagnosing PTSD and complex PTSD », Clinical Psychology Review, 2017. · 3. Judith Herman, Trauma and Recovery, Basic Books, 1992.