Aller au contenu principal

session d'information gratuite, en ligne, le mardi réserver une session

Cette ressource évoque les conséquences des violences subies dans l'enfance, sans les décrire. Si vous préférez y revenir plus tard, prenez le temps dont vous avez besoin.

témoignage

« J'ai cru que j'avais des problèmes cardiaques »

Puis j'ai compris que mes douleurs chroniques étaient une réponse au traumatisme.

écrit par l'équipe nook · 7 min de lecture

Une femme assise, une main posée sur la poitrine, les yeux fermés.

Cet article parle de ces douleurs que la médecine n'explique pas :

  • comment le traumatisme s'imprime dans le corps ;
  • la peur des sensations physiques quand il y a de la dissociation ;
  • les soins corporels, comme l'ostéopathie et la kinésithérapie, qui peuvent accompagner une thérapie.

Je suis entrée en thérapie à cause de mon corps

La toute première raison pour laquelle je suis entrée en thérapie, ce n'était pas pour parler de mon histoire. C'était à cause de mon corps.

J'avais des douleurs fulgurantes, sans comprendre pourquoi :

  • une douleur thoracique violente, comme un coup de poignard ;
  • une douleur sourde dans le bras gauche, qui apparaissait une semaine puis disparaissait ;
  • des troubles digestifs à chaque repas ;
  • un cœur qui s'emballait sans raison ;
  • une fatigue chronique ;
  • des migraines qui m'immobilisaient pendant des jours.

Avec ma généraliste, on a tout exploré : allergies, maladies chroniques et digestives, problèmes cardiaques… J'ai fait des bilans, passé des journées à l'hôpital.

Rien. Aucune explication médicale claire.

Un jour, ma médecin a posé une question simple : « Est-ce que vous avez vécu des violences sexuelles, enfant ? »

Quand j'ai répondu « j'ai de vagues souvenirs », elle n'a pas minimisé. Elle n'a jamais dit : « C'est dans votre tête. »

Elle m'a expliqué que certaines douleurs chroniques pouvaient être l'expression d'un traumatisme psychique non traité. On parle de symptômes somatiques :

Des symptômes réels, douloureux, exprimés par le corps, dont l'origine est psychique. Ce n'est ni imaginaire, ni « dans la tête ». C'est ressenti, et souvent handicapant.

Et je ne suis pas seule.

Pendant longtemps, j'ai cru qu'il y avait deux catégories : les douleurs « dans le corps » et les douleurs « dans la tête ». Comme s'il y avait des vraies douleurs, et des douleurs « émotionnelles ».

Aujourd'hui, je sais que toutes les douleurs sont réelles. Certaines viennent d'un organe malade. D'autres rejouent une mémoire ancienne. Mais aucune ne mérite d'être minimisée.

Quand on a subi des violences dans l'enfance, le corps enregistre. Et parfois, il répète ce qu'il n'a pas pu digérer : des tensions, des douleurs, des blocages, qui deviennent chroniques et parfois très limitants au quotidien.

Comprendre ce lien m'a aidée à moins paniquer, à sortir du réflexe de penser que j'étais « malade » en permanence, et à chercher des soins dans un cadre où ces symptômes sont reconnus comme des conséquences du traumatisme.

Est-ce que je ressens vraiment mon corps ?

À force de chercher à comprendre mes douleurs, une autre question est apparue : est-ce que je ressens vraiment mon corps, tout le temps ?

La réponse, c'était : oui et non.

Non, par moments je ne le sentais pas du tout. Je pouvais :

  • travailler sans pause pendant des heures ;
  • oublier de boire ;
  • ne pas avoir faim ;
  • manger deux assiettes sans sentir la satiété ;
  • rester assise huit heures d'affilée sans sentir mon dos ;
  • ne pas remarquer que j'étais épuisée.
Cette déconnexion, c'est de la dissociation, un mécanisme de protection. Quand un événement est trop intense pour être vécu, le cerveau « coupe ». Cela peut concerner les sensations, les émotions ou la perception de soi. On peut « partir » sans le vouloir. C'est fréquent après un traumatisme, et ça se soigne.

Et oui, à d'autres moments, je sentais tout, mais trop. Tout arrivait d'un coup, comme un raz-de-marée : des sensations partout, un signal trop fort, trop soudain.

Quand les sensations corporelles deviennent des déclencheurs

Quand on a subi des violences, les sensations du corps peuvent devenir des déclencheurs. J'étais vite submergée :

  • le ventre qui se tord = alarme ;
  • le cœur qui s'accélère = panique ;
  • une pression dans la gorge = maladie.

Le corps peut redevenir une ressource

J'ai rencontré une ostéopathe formée aux violences sexuelles et à la dissociation. Avec elle, j'ai appris à revenir progressivement dans mon corps.

Pas en forçant. Par étapes : mes pieds, mes jambes, mes bras, mon bassin. En m'arrêtant dès que c'était trop. En nommant les sensations dans un cadre sûr, sans jugement.

Petit à petit, j'ai commencé à :

  • sentir les signaux faibles (soif, faim, tension) ;
  • distinguer ce qui venait d'un signal présent et ce qui rejouait une mémoire ;
  • comprendre ce qui me submergeait ;
  • me recentrer quand tout partait dans tous les sens.

Je ne le savais pas encore, mais ce travail corporel m'aidait aussi à sortir de la dissociation mentale : le brouillard, l'impression de planer, les absences, perdue dans mes pensées.

Le traumatisme ne vit pas que dans les souvenirs. Il s'inscrit dans le système nerveux, dans les tissus, dans les réflexes. Notre système nerveux est conçu pour détecter le danger, mais aussi pour revenir à la sécurité. Le mouvement, le souffle, la voix, le toucher sont autant de moyens d'y revenir.

Le travail sur le corps m'a permis, petit à petit, de faire le lien entre ce que je ressentais et ce que je vivais. Certaines personnes partent des émotions pour retrouver leurs sensations. Pour moi, ça a aussi été l'inverse. Les deux chemins sont valables.

Ce que le périnée garde en mémoire

Certaines douleurs sont plus difficiles à nommer. Plus intimes, plus taboues. Mais elles existent, elles aussi.

Au bout de quelques années de thérapie, mon corps a développé une nouvelle réponse au stress : des urgences urinaires.

Une première gynécologue m'a dit : « Vous avez sûrement une vessie sensible. » Sauf que, rapidement, sont apparus une sensation de pesanteur dans le bas-ventre, le bas du dos bloqué, des règles de plus en plus douloureuses. Et un jour, pendant un rapport, une contraction incontrôlable du vagin. Une douleur gênante, intime, déroutante.

Une amie m'a alors parlé d'une kinésithérapeute spécialisée dans les violences sexuelles et sexistes. Elle m'a expliqué que tout cela pouvait venir d'un périnée en hypertonie : trop contracté, il ne parvient plus à fonctionner harmonieusement avec la vessie, la sexualité…

Le périnée est un ensemble de muscles profonds entre le pubis et le coccyx. Il soutient les organes, joue un rôle dans la miction, la sexualité et l'équilibre. En cas de stress chronique, il peut se contracter de manière réflexe, jusqu'à devenir douloureux.

Après quelques séances, les douleurs ont diminué, les urgences aussi, et, surprise, j'avais plus de clarté mentale après chaque séance. Comme si ce travail sur le corps apaisait aussi mes symptômes dissociatifs.

Chez certaines personnes, le soulagement est rapide. Chez d'autres, il prend plus de temps, et c'est normal.

J'aurais aimé savoir plus tôt que :

  • la rééducation périnéale n'est pas réservée aux personnes qui ont eu des enfants ;
  • elle est remboursée par l'Assurance maladie ;
  • ce type de soin peut être un vrai levier thérapeutique.
Les soins corporels (ostéopathie, kinésithérapie, yoga thérapeutique, cohérence cardiaque, méditation de pleine conscience) ne remplacent pas une thérapie adaptée au traumatisme complexe. Mais ils peuvent l'accompagner ou la compléter.

Une douleur liée au traumatisme a aussi besoin d'un suivi médical

Ce n'est pas parce qu'une douleur a un lien avec un traumatisme qu'elle n'a pas besoin d'un suivi médical. L'un n'exclut pas l'autre, et parfois les deux coexistent.

Les violences subies dans l'enfance peuvent avoir un impact durable sur le corps, avec de vraies pathologies physiques : troubles digestifs chroniques, maladies auto-immunes, maladies gynécologiques… C'est pour cela que le suivi médical reste indispensable. Écouter son corps ne veut pas dire « penser que c'est dans la tête ». C'est aussi consulter et faire les examens.

Si vous avez subi l'inceste, vous pouvez demander à votre médecin une reconnaissance en affection de longue durée (ALD). Elle permet d'accéder à des soins pris en charge à 100 % par l'Assurance maladie, y compris pour des symptômes physiques qui découlent du traumatisme.

Prenez soin de vous.

si vous êtes en danger

nook n'est pas un service d'urgence.

Si vous êtes en danger ou en détresse immédiate, contactez :