témoignage
« J'ai passé des années à tout lire sur le trauma »
Comprendre ne m'a pas soignée. Mais ça a fait trois choses essentielles.
écrit par l'équipe nook · 5 min de lecture

Au début de ma thérapie, j'étais dans un brouillard épais. Les violences subies dans l'enfance font ça : elles produisent un chaos intérieur, un sentiment diffus d'être à côté du monde.
On ne sait pas ce qu'on a, ni pourquoi on réagit comme ça. On cherche du sens. J'avais soif de comprendre.
Avec le recul, la psychoéducation a joué trois rôles très différents dans mon parcours de soin. Elle m'a d'abord aidée à me sentir moins seule, puis à comprendre mes symptômes, et enfin à me sentir plus autonome.
1. Me sentir moins seule
Quand j'ai commencé ma thérapie, j'avais surtout besoin d'une chose : comprendre ce qui m'était arrivé.
Je lisais tout ce que je trouvais : témoignages, récits autobiographiques, enquêtes, podcasts. La Petite Fille sur la banquise d'Adélaïde Bon, La Familia grande de Camille Kouchner, le podcast Ou peut-être une nuit de Charlotte Pudlowski, ou plus récemment Triste Tigre de Neige Sinno.
À l'époque, je ne cherchais pas des pratiques thérapeutiques. Je cherchais des preuves. La preuve que je n'étais pas la seule. La preuve, aussi, que les conséquences que je traversais n'étaient pas « dans ma tête ».
Pour beaucoup de personnes ayant subi des violences dans l'enfance, cette première étape est essentielle. Avant même de comprendre les symptômes, il faut parfois comprendre que ce que l'on vit existe, et que d'autres l'ont vécu aussi.
Cette première forme de psychoéducation m'a surtout apporté quelque chose de très simple : du lien.
2. Comprendre ce qui se passait en moi
Une fois cette étape passée, je ne voulais plus seulement comprendre ce qui m'était arrivé : je voulais comprendre ce qui se passait en moi.
Pourquoi je dissociais. Pourquoi j'étais en hypervigilance. Pourquoi certaines situations me mettaient dans des états émotionnels disproportionnés. Pourquoi mon corps réagissait parfois avant même que je comprenne ce qui se passait.
Je me suis tournée vers des livres plus spécialisés, écrits par des psychologues pour les patient·es : Gérer la dissociation d'origine traumatique, Le Soi hanté, Le Corps n'oublie rien. Puis vers la littérature anglo-saxonne sur le trauma complexe et les troubles dissociatifs, écrite pour les psys eux-mêmes.
Cette fois, la psychoéducation ne me reliait plus aux autres : elle me permettait de relier les points entre eux. De comprendre que mes symptômes avaient un sens. Que mon cerveau n'était pas défaillant. Que mon corps n'était pas en train de me trahir. Que beaucoup de mes réactions étaient des adaptations développées pour survivre.
Comprendre cela, c'était déjà déplacer la honte : ce que je prenais pour mes propres faiblesses était la trace de ce qu'on m'avait fait.
Ces explications n'ont pas fait disparaître les symptômes. Mais elles ont fait disparaître une partie de la peur. Il est moins terrifiant de traverser quelque chose quand on comprend ce qui se passe.
Mais comprendre ne me soignait pas. Ma thérapeute le savait. Elle accordait à la psychoéducation un temps mesuré, et gardait le cœur de notre travail pour le reste : les difficultés relationnelles, retrouver un sentiment de sécurité, apprendre à réguler mes émotions, retraiter les souvenirs traumatiques.
3. Devenir plus autonome
Puis il y a eu une troisième étape, celle qui a sans doute le plus transformé mon rapport à la psychoéducation.
Après plusieurs années de thérapie, j'ai participé à un essai clinique mené par une équipe de chercheur·euses spécialisé·es dans les troubles dissociatifs. Chaque semaine, je recevais une vidéo, un cours théorique et des exercices pratiques.
Pour la première fois, la psychoéducation ne servait plus seulement à comprendre. Elle servait à agir : expérimenter, pratiquer, développer mes propres ressources.
C'est probablement là que j'ai compris quelque chose d'important. La psychoéducation n'est pas uniquement un transfert de connaissances. C'est aussi un moyen de ne pas dépendre uniquement des séances, d'avoir des repères quand les choses deviennent difficiles entre deux rendez-vous, d'apprendre à reconnaître ce qui se passe et à mobiliser les pratiques adaptées.
J'ai eu la chance d'y accéder par un essai clinique. Mais ces pratiques ne devraient pas être réservées à celles et ceux qui tombent au bon endroit au bon moment. Elles devraient être un droit : financées, et accessibles à toutes et tous.
Cette expérience n'a pas remplacé la thérapie. Elle l'a renforcée, et m'a permis de prendre une place plus active dans mon rétablissement.
Pourquoi je vous raconte tout ça
Aujourd'hui, les spécialistes du traumatisme s'accordent sur l'importance de la psychoéducation. La CIIVISE l'a intégrée dans ses recommandations, et le Cn2r développe des ressources gratuites de grande qualité.
Comprendre ne remplace pas un accompagnement spécialisé. Mais cela peut réduire la honte, apaiser la peur, donner du sens, et parfois permettre de retrouver un peu de pouvoir d'agir.
Pourtant, pendant une grande partie de mon parcours, il m'a manqué un espace où poser mes questions à quelqu'un de spécialisé, sans y consacrer une séance entière. Un tel espace devrait exister partout, sans condition de moyens : la CIIVISE le recommande, l'État ne le finance pas.
En attendant qu'il devienne un droit, nous en avons ouvert un chez nook.
Et vous, quels sont les livres ou les podcasts qui vous ont aidé·e ? Vous pouvez nous écrire.