Aller au contenu principal

session d'information gratuite, en ligne, le mardi réserver une session

Cette ressource évoque les conséquences des violences subies dans l'enfance, sans les décrire. Si vous préférez y revenir plus tard, prenez le temps dont vous avez besoin.

témoignage

porter plainte après des violences dans l'enfance

Un choix, pas une obligation. Deux expériences très différentes, et des repères pour penser cette décision.

écrit par l'équipe nook · sources en fin d'article · 7 min de lecture

Des mains qui referment une chemise cartonnée remplie de papiers.

Aujourd'hui, j'ai envie de vous parler du fait de porter plainte.

Peut-être parce que cela fait trois ans que j'ai porté plainte, et que je n'ai, depuis, presque aucune nouvelle. Ou peut-être parce qu'une participante d'un groupe nook, que j'appellerai Céline, m'a parlé de sa plainte, et que son histoire a profondément déplacé certaines de mes certitudes.

Pour beaucoup de personnes ayant subi des violences dans l'enfance, la question du dépôt de plainte est vertigineuse. Il y a de quoi. Les insuffisances de l'État dans le traitement pénal des violences sexuelles sont bien documentées : délais, classements sans suite, manque de formation, violences institutionnelles. Et pourtant, le dilemme, porter plainte ou non, continue de reposer presque exclusivement sur nos épaules.

Porter plainte n'est ni une obligation, ni une étape indispensable du rétablissement. Ce texte ne cherche pas à vous orienter dans un sens ou dans l'autre, mais à vous donner des repères pour penser ce choix, en vous choisissant vous avant tout.

C'est comme ça que ça devrait se passer : l'expérience de Céline

Quand Céline a rejoint un groupe nook, elle s'apprêtait à porter plainte. Elle faisait partie des premières participantes, en 2024. Elle traversait une levée d'amnésie récente, une période particulièrement instable, où le corps et la mémoire reprennent la parole.

Elle savait que porter plainte serait une épreuve supplémentaire. C'est précisément pour cela qu'elle a cherché un espace de soutien : pour être accompagnée, et disposer de pratiques concrètes pour traverser cette période sans s'effondrer.

Un an et demi après le dépôt de sa plainte, son agresseur a été arrêté. Je l'ai revue la veille de l'arrestation, autour d'un café. Elle était fébrile, et soulagée en même temps.

Elle m'a raconté à quel point le groupe l'avait aidée, notamment les pratiques de régulation émotionnelle apprises avec la psychologue qui l'animait. Elle les a utilisées lors des auditions, dans l'attente, dans l'incertitude. Elles lui ont permis de rester le plus possible ancrée dans le présent.

Si son récit m'a marquée, c'est parce qu'il ne ressemble pas à la majorité des parcours. Céline a bénéficié :

  • d'un soutien familial et professionnel solide ;
  • d'une audition menée par une policière spécialisée, à la brigade de protection des mineurs ;
  • d'une expertise psychiatrique réalisée par une professionnelle formée ;
  • d'une enquête rapide.

Tout au long de ce parcours éprouvant, elle s'est sentie entendue et crue. Le genre d'histoire qui redonne de l'espoir, mais qui reste, aujourd'hui encore, l'exception.

C'est rarement comme ça que ça se passe : mon expérience

De mon côté, j'ai déposé plainte il y a trois ans. J'y avais pensé bien avant, mais la marche était trop haute. Je protégeais encore mes agresseurs. Et j'avais peur de ne pas être crue.

Avant même la plainte, j'ai pris contact avec un avocat reconnu, très cher. Il n'a jamais réellement investi le dossier. Après un an et demi d'attente, j'ai dû tout recommencer.

La plainte, ensuite, s'est déroulée dans un cadre instable. Si la gendarme qui m'a reçue était formée, le contexte ne l'était pas : interruptions de ses collègues, remarques déplacées, absence de protection du cadre.

L'expertise psychiatrique a été particulièrement violente. Le professionnel n'était pas formé au traumatisme. Il ne m'a posé de questions que sur ma sexualité, et je n'ai pas pu en placer une. Je suis sortie de cette étape plus fragilisée que soutenue.

La suite a été un long silence. Ma plainte a été transférée d'une juridiction à une autre. Depuis plus d'un an, je n'ai aucune information : impossible de savoir où se trouve le dossier, ni s'il a jamais été instruit. On m'avait prévenue : ce type de procédure peut rester dans l'ombre pendant des années. Huit ans, parfois.

Je n'avais pas anticipé à quel point cette démarche réactiverait des symptômes que je pensais apaisés : insomnies, dépression, sentiment de terreur diffuse. Pour moi, la plainte n'a pas été une réparation. Elle a été un traumatisme supplémentaire.

Est-ce que je regrette, finalement ?

J'aimerais d'abord que l'on cesse de demander aux victimes si elles ont porté plainte. Cette question en dit souvent plus sur le besoin de confort de ceux qui la posent que sur notre réalité. Comme si seule la vérité judiciaire pouvait valider notre parole.

Je n'ai pas porté plainte en croyant à une réparation judiciaire. Je l'ai fait pour que personne ne puisse dire « nous ne savions pas ». Ma démarche est militante. Ma plainte dit à la justice : j'ai fait ma part, maintenant faites la vôtre. C'est pour cela que je ne regrette rien.

Se choisir, toujours

S'il y a un message essentiel, c'est celui-ci : vous avez le droit de vous choisir. Le droit de ne pas porter plainte. Le droit de différer. Le droit de vous protéger d'un système défaillant.

Porter plainte peut, dans certaines conditions, être une réparation supplémentaire. Mais ce n'est ni une étape obligatoire, ni une condition du rétablissement. L'histoire de Céline montre que, lorsque la justice fonctionne et que les professionnel·les sont formé·es, elle peut soutenir le processus thérapeutique. Mais le risque d'un résultat décevant demeure.

Si vous envisagez de porter plainte

Quelques repères :

  • en parler avec votre psychologue, pour vérifier que c'est le bon moment ;
  • ajuster vos attentes à la réalité judiciaire ;
  • vous entourer de professionnel·les et de proches solides ;
  • prévoir des temps de récupération après les étapes difficiles ;
  • vous appuyer sur des pratiques de régulation émotionnelle ;
  • si possible, demander à être reçu·e sur rendez-vous par une brigade de protection des mineurs ou un service spécialisé.

Si vous n'avez pas tout cela aujourd'hui, ce n'est pas un échec. C'est une information sur ce qui pourrait rendre cette démarche moins difficile. On n'est jamais trop soutenu·e dans les périodes de stress intense.

Il n'y a pas de bonne décision universelle. Il n'y a que des décisions prises à un moment donné, avec les ressources que l'on a. Et quelle que soit la vôtre, elle est légitime dès lors qu'elle vous protège.

Prenez soin de vous.

sources.

1. Code de procédure pénale, articles 7 et 8 (prescription) ; loi n° 2018-703 du 3 août 2018 ; loi n° 2021-478 du 21 avril 2021. · 2. CIIVISE, « On vous croit », rapport, novembre 2023. · 3. Associations : Face à l'inceste ; Collectif féministe contre le viol (Viols Femmes Informations : 0 800 05 95 95, gratuit et anonyme).

si vous êtes en danger

nook n'est pas un service d'urgence.

Si vous êtes en danger ou en détresse immédiate, contactez :