Aller au contenu principal

session d'information gratuite, en ligne, le mardi réserver une session

Cette ressource évoque les conséquences des violences subies dans l'enfance, sans les décrire. Si vous préférez y revenir plus tard, prenez le temps dont vous avez besoin.

témoignage

quand l'actualité réveille ce qu'on croyait apaisé

Quand une affaire de violences occupe tout l'espace médiatique, elle peut faire écho à notre propre histoire. Se protéger n'est pas se dérober.

écrit par l'équipe nook · 5 min de lecture

Un téléphone retourné sur un canapé, une main qui s'en éloigne.

Aujourd'hui, j'ai envie de parler de ces moments où les violences, notamment les violences sexuelles, occupent tout l'espace médiatique. Ces moments où l'on voit des témoignages partout, où les conversations changent, où un article, une phrase, une image peuvent venir toucher quelque chose de très profond.

Parce que pour beaucoup d'entre nous, ce sujet n'est pas seulement une actualité. Il fait écho à une histoire personnelle.

« Je devrais y aller. Je devrais être plus forte. »

Il arrive qu'une affaire soit partout pendant des semaines : dans les journaux, sur les réseaux sociaux, dans les conversations. Quand les violences font partie de notre propre histoire et qu'on en parle du matin au soir, quelque chose se réveille.

Je vais vous dire où j'en étais, moi, la dernière fois.

Je n'arrivais pas à suivre l'actualité. Je n'ouvrais plus certains articles, et je ne suis pas allée aux rassemblements, alors que j'aurais aimé pouvoir y être.

Pendant un moment, je m'en suis voulu. J'ai eu l'impression de ne pas tenir, de détourner le regard quand d'autres trouvaient la force de se mobiliser. Je me suis dit que je devais y aller, être à la hauteur du moment. Que me protéger, c'était abandonner les autres victimes.

Cette culpabilité-là, je la connais bien. Elle ressemble à celle que beaucoup d'entre nous portent souvent : l'impression de ne jamais en faire assez, de ne jamais réagir comme il faudrait.

Alors je nous le redis, à vous comme à moi : se protéger n'est pas se dérober. On a le droit de se traiter avec douceur. Se ménager n'enlève rien à ce qui nous tient à cœur.

Pourquoi ces périodes nous touchent particulièrement

Quand le sujet est partout, il entre en résonance avec notre propre histoire. La couverture continue d'une affaire de violences fonctionne comme une exposition indirecte, et peut raviver ce qu'on portait déjà, même si cette affaire n'est pas la nôtre.

Chez les personnes qui ont déjà subi un traumatisme, cette réaction est amplifiée : la médiatisation d'une affaire peut raviver plus fortement leur propre traumatisme (Garfin, Holman et Silver, 2015).

Concrètement, ces périodes peuvent réactiver des symptômes qu'on croyait apaisés :

  • anxiété ;
  • troubles du sommeil ;
  • hypervigilance ;
  • sentiment de menace diffuse ;
  • retour d'images intrusives.

Et parfois, après une accalmie, on a l'impression que « ça repart en arrière ». Un souvenir ancien se réactive dans un contexte chargé, en continu. Cela ne marque pas un retour au point de départ. Ce sentiment a une explication, et il n'est pas un échec.

Pour certaines personnes, ce sont les souvenirs eux-mêmes qui remontent. L'amnésie traumatique est un mécanisme de survie qui met les souvenirs à distance, parfois pendant des décennies. Un article de presse, le témoignage d'une autre personne peuvent les faire remonter. Selon la CIIVISE, 40 % des victimes qui sortent d'une amnésie traumatique le font après avoir été exposées au sujet des violences sexuelles dans un média.

« J'ai lu un article où il y avait un témoignage, et là, je me suis reconnue. Je me suis dit : mais c'est ça qui m'est arrivé. Et là, ma mémoire a commencé à se réveiller. » — Témoignage recueilli par la CIIVISE

Aller aux rassemblements ou couper l'actualité

Face à cette réactivation, il n'existe pas une seule manière de réagir.

Certaines personnes ressentent le besoin d'être là : aller aux rassemblements, signer les appels, témoigner, transformer ce qui les traverse en action collective.

D'autres ont besoin de couper : ne plus ouvrir les journaux, se tenir à distance des conversations, limiter leur exposition. Ce retrait protège, lui aussi.

Les deux sont justes, et ce n'est pas un hasard si les deux peuvent soulager. Ce qui protège, en période de surexposition, c'est de pouvoir décider soi-même quand s'exposer et quand s'arrêter : reprendre la main face au sentiment d'impuissance qui peut être très présent après un traumatisme. Aller manifester ou se couper de l'actualité relèvent du même mouvement : reprendre du pouvoir sur ce qui entre dans notre espace intérieur.

Votre façon de traverser ce moment est la bonne, quelle qu'elle soit. Elle peut aussi changer d'un jour à l'autre. Ce qui peut aider, c'est de repérer à quel moment c'est trop.

Il n'y a pas une bonne manière de traverser ces périodes. Il y a celle qui respecte ce dont vous avez besoin aujourd'hui.

Prenez soin de vous.

si vous êtes en danger

nook n'est pas un service d'urgence.

Si vous êtes en danger ou en détresse immédiate, contactez :